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14 juin : Saint Louis - Cincinnati

" Nous voilà enfin face à notre dernier challenge : atteindre la côte Est et la destination mythique de Washington.

 

La nature est reine

La situation s’annonce cependant relativement compliquée cette fois-ci, en raison d’un temps instable, une qualification presque synonyme d’« hostile » à nos yeux. Mais cette contrariété demeure porteuse d’une leçon essentielle, lorsque la météo contrarie nos plans : c’est comme si les nuages et le vent cherchaient à nous rappeler qu’ils sont engendrés par ce même soleil qui permet à Solar Impulse de voler. C’est comme s’ils nous rappelaient la toute-puissance des éléments naturels, principe primordial du message porté par le projet global Solar Impulse.

Un vent défavorable, tant dans sa vitesse que son orientation, est annoncé pour la soirée du vendredi 14 juin et la nuit suivante dans l’état de Virginie. Nous devons par conséquent élaborer une stratégie de « pit-stop », qui consiste à diviser le vol en deux temps – le « pit-stop » étant l’escale le divisant. Nous prévoyons donc un premier vol, une courte escale juste avant les Appalaches puis un second vol jusqu’à Washington. Ce plan de vol devrait nous permettre de quitter Saint-Louis assez tôt, les nuages approchant,  tout en arrivant en Virginie assez tard pour laisser le temps au vent de devenir plus favorable.

 

Gérer deux vols en parallèle

SI elle combine plusieurs avantages, cette stratégie représente néanmoins un assez gros challenge pour toute l’équipe Mission Control Centre, exigeant d’elle un travail presque continu pendant 48 heures. Quant à Stéphane et moi-même, au sein de l’équipe « Modélisation et Simulation », nous aurons à traiter deux vols en parallèle.

Le lieu choisi pour le « pit-stop » est Cincinnati, à 366 milles nautiques (678 km environ) de Saint-Louis : une escale choisie à mi-chemin  environ entre Saint-Louis et Washington. Il faut noter que la distance donnée prend en compte la route réelle qu‘André doit suivre, alors que  les deux villes sont séparées par seulement 279 milles nautiques (517 km environ) à vol d’oiseau.

Le décollage est prévu à 4h00 (heure locale), 1h30 avant le lever du soleil. Et pendant qu’André envoie toute la puissance énergétique possible aux quatre moteurs de l’appareil, à seulement cinq secondes de quitter le sol de la piste 12L tôt dans le matin de Saint-Louis, nous sommes déjà très affairés : nous réalisons une nouvelle optimisation du vol traitant des dernières données météo, tout en calculant simultanément les futures conditions du vol pour Bertrand entre Cincinnati et Washington. Parce qu’effectivement, nous traitons deux vols en parallèle.

Comme prévu, nous devons également tenir compte de conditions météo particulières qui rendent le profil de vol inédit : du fait d’un vent d’altitude trop violent, l’appareil ne pourra pas dépasser une altitude de 3 048 mètres. Véritable difficulté lors d’un vol long, ce type de profil empêche d’emmagasiner beaucoup d’énergie potentielle. Heureusement, Nik, Yves-André et Michel ont négocié un atterrissage suffisamment tôt à Cincinnati pour que cette énergie potentielle « perdue » ne nous manque pas.

Dans cette région des États-Unis, entre le Missouri et l’Ohio, le relief est assez plat. André ne survole pas de terrain de plus de 305 mètres d’altitude et ne rencontre pas non plus d’ondes orographiques (« vagues » d’air créées par les courants ascendants et descendants au-dessus des montagnes provoquant des turbulences), comme ce fut le cas lors de son vol entre Phoenix et Dallas.

 

En attendant l'atterrissage...

Une demi-heure avant midi (heure solaire), André atteint 3 048 mètres, son altitude maximale. Les batteries sont chargées à 85 % et malgré la menace de cirrus le surplombant, nos calculs démontrent que leur étendue n’est pas suffisante pour ralentir la charge des batteries de façon significative. 

Les conditions de vent, en milieu d‘après-midi (15h30 heure locale, 20h30 heure solaire) ; pourraient être en revanche plus fâcheuses. André doit en effet commencer un holding de 3 heures, et nous savons que le vent peut être assez fort. Même si nous ne sommes qu’à 35 milles nautiques (65 km environ) de Cincinnati, ce holding est nécessaire dans l’attente du créneau d’atterrissage que nous donnerons les contrôleurs aériens américains. Il faut donc affronter le vent : la vitesse de l’avion varie de 25 nœuds lorsqu’André lui fait face et de 40 nœuds quand il se tourne dans la direction opposée. L’angle de correction qu’il donne à l’appareil ne dépasse néanmoins pas 35 degrés, une valeur qui reste « raisonnable » selon nos critères de vol.

À 23h00 heure solaire (19h00 heure locale, 01h00 du matin à Payerne), les contrôleurs américains confirment le créneau d’atterrissage puis autorisent l’approche finale. Nous voyons enfin l’avion sur nos écrans, dont l’atterrissage précède le coucher du soleil pour la première fois durant sa traversée de l’Amérique. Il est 20h15 à Cincinnati, 2h15 du matin à Payerne et encore une fois, tout le monde applaudit dans le Mission Control Centre. Mais chacun retourne bientôt à son travail, car cette fois-ci, nous n’avons que quelques heures avant le prochain décollage, en direction de Washington. "

 

Christophe Béesau

Expert Altran sur le projet Solar Impulse pour la modélisation et la simulation complexe