• Choisissez un site
  • FR

3 mai : San Francisco - Phoenix

"Payerne (Suisse),  4 mai 2013, 11h00 GMT. Le décollage de San Francisco est prévu dans deux heures. Toute l’équipe est sur le qui-vive. Chacun est silencieux, concentré sur son travail depuis le petit matin. Luc et Wim (l’équipe météo) analysent les derniers bulletins météorologiques concernant la situation au-dessus de la Californie et de l’Arizona tandis que Nik et Yves-André (l’équipe du contrôle aérien) vérifient les repères de balisage et contactent leurs relais le long de l’itinéraire actuellement prévu. Stéphane et moi (l’équipe de simulation et de modélisation) intégrons les dernières mises à jour sur le vol et effectuons les ultimes calculs pour finaliser la route vers Phoenix. Notre travail est décisif : nous intégrons, en temps réel, dans nos outils de calculs et de simulations, les contraintes liées à la météo et au trafic aérien afin d’établir la meilleure stratégie de route. Notre rôle consiste donc à définir la meilleure combinaison route, profil de vol et stratégie énergétique optimale qui mènera en toute sécurité le Solar Impulse à destination. C’est pourquoi nous communiquons directement avec Ray, le directeur de vol, pour lui transmettre nos recommandations pour le décollage.

Nous devons être réactifs et prêts à prendre en compte, à tout moment, le moindre imprévu dans le déroulement du vol : un changement météorologique, de nouvelles indications du contrôle aérien américain, une information transmise par le pilote (changement d’ altitude à cause de turbulences, par exemple), le niveau réel de charge des batteries, la dérive de l’avion à cause de vents latéraux… 

Comme d’habitude, nous passerons les 20 prochaines heures à effectuer continuellement des simulations,  vérifier trois fois chaque détail,  étudier les données télémétriques, relever et analyser les données clés du vol, calculer les paramètres critiques pour les afficher sur les écrans de contrôle de l’équipe du centre de contrôle de la mission.

Bertrand, le pilote qui effectue le vol, apparaît sur nos écrans. La pression monte d’un cran au sein de l’équipe. Le décompte final indique H-45 minutes avant le décollage. Nous savons que cette première étape représente un nouveau challenge : c’est la première fois que l’avion réalise un vol aussi complexe, en particulier à cause du système climatique en Amérique du Nord très changeant et caractérisé par de nombreux microclimats.

L’avion est à présent sur la piste où il réalise ses derniers tests moteur. Il est temps pour moi de retourner derrière mes trois écrans. Bientôt, cet immense oiseau solaire décollera à nouveau majestueusement, et pour la première fois sous le soleil levant californien."

  

Christophe Béesau

Expert Altran sur le projet Solar Impulse pour la modélisation et la simulation complexe